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Un singe en hiver

Tigreville. Vous connaissez Tigreville ?
Certains connaissent. Les autres peuvent chercher : cette commune n’existe pas.
Et curieusement, c’est un lieu de pèlerinage.
J’ai lu trois ou quatre fois le magnifique livre du non moins magnifique Antoine Blondin, Un singe en hiver.
C’est l’histoire de deux hommes qui n’ont pas tout à fait réussi à vivre comme les autres.
Albert Quentin, d’abord. Il a beaucoup voyagé, beaucoup bu aussi. En Chine surtout, dans les souvenirs qu’il rapporte avec lui. Puis il a cessé. Il tient un hôtel en Normandie avec sa femme et s’est rangé. Enfin, rangé... Il ne boit plus.
Fouquet arrive un jour dans son hôtel. Lui aussi boit. Mais pas de la même façon. Quentin partait en Chine, Fouquet part en Espagne. L’un avait besoin de l’alcool pour retrouver ses voyages, l’autre pour retrouver quelque chose de lui-même.
Deux hommes, deux ivresses, deux ailleurs.
On a parfois résumé ce beau texte à une histoire de pochards. Quelle erreur. Et quelle courte vue.
Chez Blondin, l’alcool n’est pas le sujet. C’est le véhicule. Ce qui l’intéresse, ce sont ces hommes un peu perdus qui ont besoin de transformer le monde pour parvenir à y vivre. Quand ils boivent, Tigreville disparaît. La Chine revient. Madrid n’est plus très loin. La vie ordinaire recule de quelques mètres.

Et puis il faut Blondin lui-même. Sa douceur, sa drôlerie, cette mélancolie qui ne demande jamais qu’on la plaigne. Il connaissait évidemment son sujet. Son alcool n’avait rien de folklorique. Il lui coûtera cher. Cela donne au livre quelque chose d’étrangement tendre et douloureux : Blondin ne regarde jamais ses deux hommes de haut.
Pour moi, Quentin et Fouquet étaient deux types un peu flous. Je les voyais sans vraiment les voir. C’était très bien comme ça.

Et puis sont arrivés Gabin et Belmondo.
J’ai longtemps refusé de voir le film, de peur qu’il ne déchire mon souvenir.
Enfin, imaginez un peu la collision : Blondin, doux poète plus ou moins désespéré, à l’alcool triste, allait se fracasser sur le star-system. Verneuil, réalisateur spectaculaire, tonitruant, presque hollywoodien. Audiard. Gabin. Belmondo. Suzanne Flon. Noël Roquevert. Tout ce petit monde allait entrer avec ses gros sabots dans mon petit livre.
Jusqu’au jour où l’on m’a offert le DVD.
Je l’ai regardé. Puis encore une fois. Et encore. Une dizaine de fois probablement.
Et c’est là que quelque chose d'assez miraculeux s'est produit : le film n'avait pas remplacé le livre. Il me l'avait rendu.
Gabin était devenu Quentin. Belmondo était Fouquet. Verneuil avait agrandi Tigreville, Audiard l'avait fait parler davantage, mais tout au fond, derrière la Chine, l'Espagne, les voitures toréées et le feu d'artifice, il restait les deux hommes de Blondin.
Deux types qui avaient besoin d'être ailleurs pour supporter d'être ici.
Et Tigreville ?
Tigreville n’existe toujours pas.
Le film a été tourné à Villerville, en Normandie. Et des décennies plus tard, les amoureux d’Un singe en hiver continuent d’y venir, de retrouver les rues, le Cabaret Normand, les lieux du film.
Ils font un pèlerinage dans une ville qui n’existe pas.

Si vous n’avez pas lu le livre, allez-y. On y rit, on a la larme, on y voyage, et on y rencontre le cher Antoine Blondin… et puis aussi Gabin et Belmondo.

Les trois arcs de Fanny : les livres, les films, les chansons

ENTREZ.....

 

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Il existe des cabinets de curiosités.

On n’y entre pas par hasard.

On y entre parce qu’on cherche quelque chose qu’on ne saurait pas encore nommer.

Les détours de Fanny, c'est cela : un cabinet de curiosités qui mêle littérature, chansons, cinéma, d'une même passion.

 

Imaginez un héros de roman qui vient apporter son avis, la redécouverte d'un film, d'un livre oubliés, le sens caché de certaines chansons ou simplement sentir à nouveau des chansons d'atmosphère...

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