Les chroniques
et billets d'humeurs
Souvenirs, humeurs, éclats, agacements, petites admirations ou grandes réserves.
Ces textes ne prétendent pas expliquer le monde. Ils le regardent de côté. Certains sourient. D’autres griffent un peu. C’est selon les jours.
Ils restent quelque temps, puis s’effacent pour laisser place à d’autres passages.
Passez quand l’envie vous en prend.
Les chemins changent souvent.
Etienne, ou l'obscénité qui avait fait des études

Je vais vous parler d'un chant que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.
Pas une chanson. Un chant. Un petit office païen, scandé en talons, en muscles, en sueur, avec ce refrain impossible qu'on fredonnait partout sans toujours mesurer ce qu'il disait.
Guesh Patti nous a quittés il y a peu.
Guesh Patti ? Késako ? Du calme.
Ce fut une chanteuse météore des eighties, magnifique danseuse, un peu comme une Madonna française. Elle fut la femme d'un seul titre. Mais quel titre. Et quel clip.
Étienne. Étienne, tiens-le bien.
Six syllabes qui disaient tout sans rien expliquer. On les fredonnait dans les cuisines, dans les voitures, sans toujours mesurer ce qu'on fredonnait. C'était une obscénité qui avait fait des études.
Une provocation surréaliste habillée en noir et blanc glacé, en corps tendus, en désir chorégraphié.
Avant que Madonna ne transforme le sexe en empire visuel, Guesh Patti avait déjà compris quelque chose : le désir moderne ne se chante plus seulement. Il se cadre. Il se vend comme une attitude.
Et c'était beau. Intelligent. Dangereux juste ce qu'il faut.
Est-il possible d'affirmer que l'esthétique sublimait l'érotisme… sans passer pour un dégénéré ?
Si oui, j’affirme que l'élégance est préférable à la laideur.
Si non, je l'affirme quand même.
Guesh Patti est partie discrètement, comme elle avait vécu — météore, pas comète. Pas de traîne lumineuse, pas de carrière-fleuve, pas d'album de duos pour la retraite. Juste ce titre, ce clip, cette silhouette tendue dans le noir et blanc. Et Madonna qui regardait. Avec intérêt.
Il y a quelque chose de juste dans cette discrétion finale.
Le survêt ne sait pas qu'elle a existé.
D’autres ne savent pas qu'elle est partie.
C'est peut-être cela, la vraie défaite — non pas la mort d'une artiste, mais l'indifférence de ceux pour qui la beauté n'a jamais été une nécessité.
Étienne. Étienne, tiens-le bien.
On tient ce qu'on peut.